Conservation des collections anciennes

Marc Favreau, conservateur des collections anciennes au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux.

Quelles sont les missions d'un conservateur en charge des collections anciennes au musée ?

        Quel que soit le domaine de la collection, les missions fondamentales d’un conservateur sont la préservation, l’étude et la valorisation des œuvres ou des objets dont il a la charge. Elles résultent à la fois de l’évolution séculaire d’un métier, l’ancien garde du cabinet du Roi sous l’Ancien Régime, et de l’institution muséale dont la mission originelle - la formation des jeunes artistes devant le maître anciens - changea au profit d’un public plus large et de domaines plus variés (écomusées, musées de société) tout au long du 20e siècle.
 
            Depuis le peintre chargé de la conservation des œuvres, à l’image d’un Charles Le Brun inventoriant la collection de Louis XIV ou d’un Pierre Lacour assumant la direction du nouveau musée de peinture de Bordeaux, le métier de conservateur s’est professionnalisé avec la création de l’Ecole du Louvre en 1882. Cette dernière assurait un enseignement supérieur de l’Archéologie et de l’Histoire de l’Art, destiné à suppléer la formation donnée « sur le tas » par les conservateurs de musée à des disciples, le plus souvent bénévoles.
 
            Une réflexion s’engagea au cours des années 1970, avec des revendications nouvelles de conservateurs plus engagés dans la redéfinition de leurs missions.
L’apparition de nouveaux publics et l’utilisation des techniques de communication et de gestion requièrent de nombreuses compétences, tant dans le domaine scientifique qu’administratif et organisationnel.
 

De quoi est constituée la collection d'œuvres anciennes du musée?

La peinture ancienne, concernant les œuvres du 16e au 18e siècle, regroupe environ huit cents peintures et présente quelques points forts.
 
La Renaissance européenne et, plus particulièrement, italienne est représentée par La Vierge et l’Enfant entre saint Jérôme et saint Augustin du Pérugin (v. 1450-1523) qui illustre l’école ombrienne et son orientation classique, par Tarquin et Lucrèce et par Madeleine pénitente peints par un Titien (1488-1576) âgé mais maître d’une technique rapide, ou encore par La Sainte Famille avec Dorothée de Véronèse (1528-1588).
 
Vierge et l’Enfant entre saint Jérôme et saint Augustin du Pérugin (v. 1450-1523) © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché L.Gauthier           et Lucrèce. Le Titien (1488-1576) © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché L.Gauthier         Madeleine pénitente. Le Titien (1488-1576) © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché L.Gauthier            "La Sainte Famille avec Dorothée" de Véronèse (1528-1588) © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché L.Gauthier
 
A ce fonds, s’ajoute un ensemble d’environ quatre cents peintures du 17e siècle, réparties pour l’essentiel entre les écoles flamande, française, hollandaise et italienne. Nous y distinguons notamment le courant caravagesque avec les Napolitains Luca Giordano (1632-1705) et Giovanni Do (1604-1656), avec les énigmatiques Maître de l’annonce aux bergers et Maître à la chandelle, avec le Français Aubin Vouet (1595-1641) et le Hollandais Hendrick Terbrugghen (1588-1629).
 
L’achat de la collection Lacaze en 1829 a fait entrer l’essentiel du fonds nordique avec des pièces maîtresses comme Paysage fluvial, La Pellekussenpoort et le Chêne foudroyé de Jan Josephsz Van Goyen (1596-1656), Un chanteur s'accompagnant au luth de Ter Brugghen ou encore L’Homme à la main sur le cœur (1632) de Frans Hals (v. 1580-1666).
 
Paysage fluvial. La Pellekussenpoort, Jan Josefsz. VAN GOYEN.1656. © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché L.Gauthier             Le Chêne foudroyé ou la diseuse de bonne aventure. Jan Josefsz. VAN GOYEN.1638.© Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché L.Gauthier            Un chanteur s'accompagnant au luth. Hendrick TER BRUGGHEN. 1624. © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché L.Gauthier        L’Homme à la main sur le cœur (1632) de Frans Hals. © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché L.Gauthier      
  
            Nous arrêterons cette courte description avec le fonds du 19e siècle qui représente environ neuf cent soixante-deux peintures. L’ensemble a bénéficié de nombreux dépôts de l’Etat (musée du Louvre, Fonds National d'Art Contemporain, musée d'Orsay) ainsi que d’acquisitions de la Ville, avec le concours de la Société des amis des arts entre 1850 et 1870, et de legs (Lewis-Brown en 1958). Ainsi, entrèrent dans les collections municipales les œuvres du baron Guérin (Phèdre et Hyppolite), du baron Gros (Embarquement de la duchesse d’Angoulême), d’Eugène Delacroix (Grèce sur les ruines de Missolonghi, Chasse aux lions ou Boissy d’Anglas à la Convention), d’Eugène Isabey (Incendie du steamer « Austria »), de Camille Corot (Bain de Diane), de Jean-François Millet (Eté ou Cérès), d’Odilon Redon (Homme ailé, barques) ou d’Henri Gervex (Rolla). Cependant, à partir de 1867, la politique d’acquisition s’orienta vers les peintres bordelais, en particulier les paysagistes (Auguin, Chabry, Dauzats, Baudit, Lalanne, Pradelles, Sébilleau).
Phèdre et Hippolyte. Pierre Narcisse baron GUERIN. 1815. © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché L.Gauthier  Embarquement de la duchesse d'Angoulême à Pauillac. Antoine-Jean GROS (Baron).1818.© Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché L.Gauthier  La Grèce sur les ruines de Missolonghi. Eugène DELACROIX. 1826. © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché L.Gauthier  L'Incendie du steamer Austria. Eugène ISABEY.1858. © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché L.Gauthier Le Bain de Diane.  Camille Jean-Baptiste COROT.1855. © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché L.Gauthier   L'Eté ou Cérès. Jean François MILLET.1864-1865. © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. Cliché L.Gauthier
 

Quelles sont les orientations d'avenir pour les acquisitions futures ?

Elles relèvent essentiellement du directeur qui souhaite renforcer ou compléter telle école ou tel fonds existants. Le Musée ne peut pas prétendre à l’exhaustivité, voire à l’universalité comme le Louvre. Aussi, nous nous bornerons à émettre le vœu pour l’achat d’une peinture caravagesque, par exemple.
Photo pour le métier de conservateur. Collections anciennes © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux.

Le métier de conservateur. Collections anciennes © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux.