Concert : Orientalismes par François Rossé

François Rossé nous entraîne avec son piano dans ses perceptions musicales de l'Orient...
26/05/2014, 19:00
Au musée des Beaux-Arts
8 €

De Rabat, Séville  à Tokyo, de la Grèce antique à Xenakis, les Orients sont une énorme sphère aux coordonnées historiques et géographiques délicates à cerner dans leur totalité au travers des nombreux métissages qui ont  rivé les Orients à nos Occidents diversifiés. L’Europe, petit pédoncule d’une Asie immense, se projette aussi dans l’Afrique méditerranéenne. De l’orientale Méditerranée, source de nos civilisations occidentales,  liées aux trois grandes religions monothéistes souvent intolérantes entre elles, aux diverses formes de spiritualité du centre et Est-asiatique, émergeant pour une part importante d’un bouddhisme bien plus tempéré et tolérant dans sa philosophie à la recherche d’un continuum entre l’Homme et la Nature  l’espace de la pensée humaine est très différencié dans la préhension des valeurs. Voltaire percevait déjà l’ampleur de ces civilisations dont l’Occident, dont il contestait les valeurs chrétiennes notamment, avait pris conscience à son époque, mais il a fallu attendre quasiment la grande exposition de 1900 à Paris pour élargir la perception de ces Orients, puis ultérieurement des maîtres comme Olivier Messiaen, John Cage, et la découverte des maîtres indiens et japonais dans le domaine artistique,  pour admettre peu à peu  une équivalence entre nos civilisations terriennes ainsi que la fin de l’hégémonie occidentale sur la planète.  Depuis la vision exotique, coloniale de la puissance occidentale, on saisit aujourd’hui davantage les visages différenciés et normalement acceptés de l’espèce humaine sur Terre.

Ma proposition musicale est reliée, au mieux possible, aux lieux d’Orients que j’ai pu vivre directement et qui font partie de ma mémoire vive. L’essentiel des vidéos est réalisé par moi-même sur les terres concernées.  Le voyage entre ces espaces géographiques et historiques évolue en zig-zag, le piano me servant en quelque sorte d’Orient-express partant d’une gare occidentale (magnifique Sanctus de la Messe de Machaut d’une chrétienté issue du Moyen-Orient) avant les arrêts en divers lieux liés aux Orients.

L’Europe de l’Est, Istanbul, incontournable noeud entre l’Occident et l’Orient, Séville la métissée  africaine et orientale où se sont croisés les mondes arabe, juif, chrétien, le Maroc baigné aussi par les influences méditerranéennes,  puis un plongeon plus à l’Est,  vers l’Océan indien, où l’on ne craint de joindre les sons d’un  gamelan au Marteau sans maître de Pierre Boulez, puis la profondeur tibétaine sous le toit du monde  avant de rejoindre l’époustouflant monde du Levant, le Japon.  La prestation s’organise sur une heure, impliquant des séquences intermittentes vidéos et audios et des moments silencieux en sons et en images, le temps pour L’Orient Express du piano, de poursuivre sa route entre ces diverses époques et paysages. Je reste, comme ce train mythique, un occidental qui voyage attiré par ces lieux fantastiques, mais voyager n’impose pas une perte d’identité, le piano est un instrument profondément occidental dans son tempérament ajusté, son timbre épuré, même si sa source lointaine peut être le monocorde africain puis la cithare. Les efforts systématiques de mimétisme confrontés aux réalités des présences orientales données par vidéo ne sont pas forcément pertinents ; il y a une autonomie entre les lieux visités et le train sonore qui assure le transport, à moins de concevoir un wagon-caméléon…